“Entre peur et lucidité : Le challenge la Nord”
Il y a des compétitions qu’on fait pour gagner. Et puis il y a celles qu’on fait pour appartenir.
Le Challenge La Nord, à Hossegor, fait clairement partie de la seconde catégorie.
Chaque hiver, pendant plusieurs mois, on attend. On regarde les cartes, les houles, les vents. Rien n’est sûr. Rien n’est planifié. Et puis un jour, ça tombe : “C’est on.” La machine se met en route. Le corps aussi.
L’appel de la houle
C’est une vague qui se mérite. Une vague qui ne se donne que quand les conditions sont réunies : une houle solide, du vent bien orienté, un banc de sable en place.
Et quand ça rentre, ça ne fait pas semblant.
La puissance du gouf de Capbreton canalise l’énergie. Les séries arrivent pleines, épaisses, parfois imprévisibles. À partir de 3 mètres, tout change. Ce n’est plus du surf “performance”. C’est autre chose.
C’est un engagement.
Une compétition intérieure avant tout
Depuis dix ans, je participe à cette compétition. Et pourtant, mon objectif n’a jamais été de gagner.
Ce que je viens chercher ici est ailleurs.
Il y a quelque chose de très clair face à une vague comme La Nord : tu ne peux pas tricher.
La peur est là.
Le doute aussi.
Et dans le même temps, une forme de lucidité.
Chaque vague est une décision.
Chaque take-off est un engagement.
Ce qui m’intéresse, c’est cet endroit précis où le mental doit s’aligner avec l’action. Pas trop tôt. Pas trop tard.
Juste au bon moment.
L’expérience plutôt que la démonstration
Aujourd’hui, je sais que je ne suis pas le plus radical. Les jeunes surfeurs arrivent avec une puissance et une explosivité impressionnantes. Ils envoient des manœuvres dans des vagues solides, avec une aisance qui force le respect.
Mais dans ces conditions, autre chose entre en jeu.
L’expérience.
Le placement.
La lecture de l’océan.
Le choix de la bonne vague.
Ce n’est pas toujours celui qui surfe le plus fort qui tire son épingle du jeu.
Parfois, c’est celui qui attend juste… un peu mieux que les autres.
Une vague bien choisie.
Un take-off engagé.
Un tube propre.
Et tout peut basculer.
Le dialogue avec le matériel
La Nord, c’est aussi un laboratoire.
Chaque année, je me remets en question. Sur ma technique, bien sûr. Mais aussi sur mon matériel.
Trouver la bonne planche devient une quête en soi :
-
- partir tôt sur des vagues puissantes
- garder du contrôle à haute vitesse
- pouvoir carver sans se faire dépasser
Ce compromis est subtil. Et il évolue avec toi.
Observer les autres, discuter avec les shapers, tester… Tout fait partie du processus.
Une scène, une famille
Mais ce qui rend cette compétition vraiment unique, ce n’est pas seulement la vague.
C’est les gens.
Chaque année, on se retrouve.
Les chargeurs landais, basques, français.
Des personnalités fortes. Des parcours différents.
Il y a du respect.
De l’admiration.
Et quelque chose de simple : le plaisir d’être là, ensemble, dans ces conditions-là.
Faire partie de cette liste d’invités, pour moi, c’est déjà une reconnaissance.
Une place dans la scène du surf de grosses vagues.
Et la suite ?
Je n’ai pas encore atteint la finale.
Mais ce n’est pas une frustration.
C’est un cap.
Je sais que ça passe par :
- continuer à me remettre en question
- affiner ma technique
- rester lucide dans l’engagement
- et surtout… garder le plaisir intact
Parce que c’est lui qui me fait revenir, année après année.
Pourquoi j’y retourne
Au fond, le Challenge La Nord n’est pas juste une compétition.
C’est un rendez-vous avec soi-même.
Avec ses limites.
Avec ses envies.
Avec cette part de nous qui cherche encore à s’engager, à ressentir, à être vivant dans quelque chose de vrai.
Et tant que ça sera là…
j’y retournerai.
